Pourquoi les écoles privées musulmanes se fédèrent-elles?

Créé le 23/03/2014 à 16h16

EDUCATION – Pour s’assurer une meilleure visibilité et mieux défendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics, l’enseignement privé musulman a lancé sa fédération nationale samedi…

Les écoles musulmanes veulent jouer dans la cour des grands. Samedi, laFédération nationale de l’enseignement privé musulman (FNEPM) a ainsi vu le jour. Elle regroupe une dizaine de membres dont les plus grands établissements scolaires musulmans (le lycée Averroès à Lille et Al-Kindi à Lyon). 20 Minutesanalyse les implications de cette union par la force pour ces établissements.

Obtenir des aides financières

Actuellement, il existe une vingtaine d’établissements musulmans, accueillant près de 2.000 élèves du premier ou du second degré. Seuls deux parmi eux (lelycée Averroès à Lille et Al-Kindi à Lyon) sont sous contrat avec l’Etat, ce qui leur permet  de bénéficier d’une prise en charge des salaires des enseignants par l’Etat et d’une participation des collectivités à leurs frais de fonctionnement. «Les autres, hors contrat, ne reçoivent aucune subvention de l’Etat. Leur financement repose sur les frais de scolarité payés par les familles, la taxe d’apprentissage, les contributions de généreux donateurs et de fondations. Mais beaucoup d’entre eux sont en difficultés financières, d’autant que la communauté musulmane n’est pas très riche», explique Bruno Poucet, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Picardie Jules-Verne. «Or en se fédérant, les écoles vont pouvoir passer de l’artisanat à la rigueur juridique qui leur est demandée pour répondre aux critères permettant de prétendre à un contrat d’association avec l’Etat», poursuit-il. Car pour effectuer cette démarche, l’école en question doit avoir cinq années d’existence, suivre les programmes officiels de l’Education nationale, respecter les critères de qualification des enseignants, se soumettre à des inspections…

Accueillir davantage d’élèves

L’enseignement privé musulman a connu une forte croissance depuis dix ans, à la suite de la promulgation de la loi de 2004 interdisant de porter le voile dans les établissements publics. Selon plusieurs sociologues de l’éducation, son succès tient aussi à l’émergence d’une classe moyenne musulmane «qui souhaite offrir un enseignement de qualité avec une dimension religieuse à ses enfants», souligne ainsi Bruno Poucet. Surfant sur cette vague, le lycée Averroès de Lille est classé parmi les meilleurs établissements de la région. «Mais les frais de scolarité de ces établissements (entre 1.000 et 10.000 euros) demeurent un frein à leur expansion», note l’historien de l’éducation. «En obtenant un contrat d’association avec l’Etat, certains établissements pourront réduire les frais d’inscription des élèves et donc attirer davantage d’élèves», souligne le sociologue François Dubet. « On peut imaginer aussi que si ces établissements sont bons, des élèves non musulmans s’y inscriront », renchérit-il.

La FNEPM souhaite aussi favoriser la création de nouvelles écoles en mutualisant les expériences, comme l’a indiqué à RFI Makhlouf Mameche, l’un de ses porte-parole: «Chaque année, on assiste à la création d’au minimum deux, trois nouvelles écoles privées musulmanes. Donc il y a aujourd’hui une demande. Il faut juste canaliser un peu ce mouvement.» Une dizaine de nouvelles écoles seraient d’ailleurs en projet.

Améliorer leur image

En se fédérant, les établissements musulmans vont pouvoir présenter un interlocuteur unique à l’Education nationale, ce qui devrait faciliter la communication de part et d’autre. « C’est plutôt bon signe, car ils vont sortir d’une forme de quasi clandestinité », explique François Dubet. Et le fait que plusieurs établissements demandent à être liés à l’Etat par un contrat, va aussi améliorer leur image auprès du grand public et permettre de lutter contre certains a priori à leur égard, selon Bruno Poucet: «Ce contrat oblige les établissements à accueillir les enfants sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance. Ce qui va leur donner une image de plus grande ouverture, à condition qu’ils respectent cet impératif.»

Enfin, les écoles sous contrat avec l’Etat sont également soumises au contrôle pédagogique et au contrôle financier de l’Etat. Ce qui permet de donner de plus amples garanties aux parents d’élèves comme aux enseignants.

 

 Delphine Bancaud