La vision de la nouvelle lune pour définir le début du mois lunaire

Vision

Il est possible d’intégrer dans ce chapitre[2], ce qu’apporte le hadith authentique et célèbre : « Jeunez lorsque vous la voyez (la nouvelle lune) et rompez le jeûne lorsque vous la voyez, si la brume vous empêche de la voir, estimez-la », dans une autre version : « Si la brume vous empêche de la voir, complétez le compte des jours de sha’ban à trente »

 

Ici, il est possible au jurisconsulte « faqih » de dire : ce noble hadith indique une finalité et définit un moyen.

 

Quant à la finalité visée par le hadith, elle est claire et évidente : il s’agit de jeûner le mois de ramadan entièrement, sans en perdre un seul jour, ni jeûner un jour d’un autre mois comme shawwal ou sha’ban, en identifiant le début ou la fin du mois, par un moyen à la portée de la masse des gens, qui ne leur impose ni difficulté ni gêne dans leur religion.

 

A cette époque, la vision à l’œil nu était le seul moyen simple, à la portée des gens à cette époque. C’est pourquoi le hadith est venu la définir comme moyen, car s’il leur avait imposé un autre moyen comme le calcul astronomique, alors que la communauté, à cette époque, était illettrée ne sachant ni écrire ni calculer, il leur aurait imposé une difficulté dans leur vie, or, Dieu aime pour Sa communauté la facilité et n’aime pas pour elle la difficulté, et le Prophète, que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, dit de lui-même : « Dieu m’a envoyé comme enseignant apportant la facilité. Il ne m’a pas envoyé pour apporter la difficulté » (rapporté par Mouslim)

 

Par conséquent, si l’on trouve un autre moyen plus à même de réaliser la finalité du hadith et plus susceptible d’éviter l’erreur, l’illusion et le mensonge dans la détermination du début du mois ; si ce moyen devient accessible et ne pose aucune difficulté, s’il n’est plus au-dessus de la capacité de la communauté, maintenant qu’elle comporte des savants et des experts astronomes, géologues, physiciens et spécialistes d’envergure internationale, après que la connaissance humaine a atteint un niveau qui lui a permis d’aller sur la lune, de marcher sur son sol et de ramener des échantillons de ses pierres … Pourquoi alors rester figé sur le moyen – qui n’est pas une fin en soi – en négligeant l’objectif visé par le hadith ?

 

Le hadith a affirmé que la vision de la nouvelle lune à l’œil nu par l’information d’une ou deux personnes suffisait à établir le début du mois, à une époque où ceci était le seul moyen possible et adapté au niveau de la communauté. Comment serait-il imaginable de rejeter un moyen qui ne comporte aucun risque d’erreur, d’illusion ou de mensonge ; un moyen qui a atteint le niveau de la certitude et qui permettrait d’unifier la Communauté musulmane de l’Est à l’Ouest et d’éviter la discorde perpétuelle et les différences qui se produisent chaque année quant à la date du début et de la fin du jeûne et des fêtes ; des différences atteignant parfois trois jours entre un pays et un autre[3], ce qui est illogique et inacceptable tant du point de vue scientifique que religieux. Ce qui est sûr c’est qu’une date est la bonne alors que les autres sans aucun doute sont fausses.

 

L’utilisation du calcul catégorique est aujourd’hui en tant que moyen de détermination des débuts des mois doit être à fortiori accepté, dans le sens où la Sunna qui nous a permis d’adopter un moyen moins fiable (la vision), car cerné par le doute et la supposition, ne pourrait réfuter un moyen plus fiable, plus parfait et plus à même à réaliser l’objectif et à sortir la communauté de cette importante divergence quant à la détermination de son jeûne, de sa rupture du jeûne et de son jour du sacrifice, vers l’unité souhaitable dans ses rites et pratiques religieuses, qui est le calcul astronomique catégorique.

 

Par sheikh Youssef al-Qaradawi