L’ Ă©tranger qui faisait partie de la famille

L' étranger qui faisait partie de la famille     

 

  

Quelques mois avant ma naissance, mon père rencontra un Ă©tranger qui Ă©tait nouveau dans notre petite ville. Au dĂ©but, Papa Ă©tait fascinĂ© par ce charmant nouveau venu et l’invita bientĂ´t Ă  vivre dans notre famille. 

L’Ă©tranger a rapidement acceptĂ© et Ă©tait parmi ceux qui m’ont accueillie Ă  ma naissance (ou Ă  ma venue au monde) quelques mois plus tard. En grandissant je n’ai jamais contestĂ© sa place dans notre famille.

Dans mon jeune esprit chaque membre avait une place spéciale.

  

Youssouf, 5 ans mon aĂ®nĂ© Ă©tait mon modèle, Samia, ma petite soeur m’a donnĂ© l’occasion de jouer au grand frère et de dĂ©velopper l’art de taquiner. Mes parents Ă©taient des Ă©ducateurs complĂ©mentaires. Maman m’ enseigna Ă  aimer Allah et mon père, la manière de Lui obĂ©ir.

Mais l’Ă©tranger Ă©tait notre compteur d’histoires. Il pouvait tisser les histoires les plus fascinantes. Des aventures, mystères et comĂ©dies Ă©taient nos conversation quotidiennes. Il pouvait tenir en haleine toute notre famille pendant des heures chaque soir.

Si je voulais connaĂ®tre la politique, l’histoire ou la science, il savait tout. Il connaissait le passĂ© et semblait comprendre le prĂ©sent. Les images qu’il dessinait, Ă©taient si rĂ©elles que pouvait en rire ou pleurer, quand je les regardais. Il semblait ĂŞtre l’ami de toute la famille .

Il nous [ papa , Youssouf et moi ] a pris Ă  « notre 1er ligue nationale de Base-ball ». Il nous encourageait toujours Ă  regarder les films et mĂŞme s’arrangeait pour nous prĂ©senter plusieurs personnages cĂ©lèbres. C’Ă©tait un orateur infatigable. Papa ne faisait pas attention mais quelquefois maman se levait tranquillement pendant que nous Ă©tions pris par une des histoires venues de loin, et allait dans sa chambre lire le Coran .

Je me demande si elle n’a jamais priĂ© pour que l’Ă©tranger parte. Tu vois, mon père dirigeait sa famille avec certains principes moraux. Mais l’Ă©tranger ne s’est jamais senti obligĂ© de les respecter.

Par exemple le blasphème nous Ă©tait interdit de la part de nos amis et des adultes. Mais notre visiteur d’entant avait l’habitude d’utiliser 4 mots qui me brĂ»laient les oreilles et donner des convulsions Ă  (Ă©nervait) papa.

A ma connaissance, il n’a jamais Ă©tĂ© affrontĂ©. Mon papa ne buvait pas et n’a pas permis l’alcool Ă  la maison mĂŞme pour cuisiner.

Mais l’Ă©tranger avait envie de nous exposer et de nous montrer d’autres manières de vivre. Il nous montrait la bière et d’autres boissons alcoolisĂ©es, il nous montrait aussi que les cigarettes Ă©taient cool , les cigares et les pipes distinguĂ©es. Il parlait trop librement de sexe, ses commentaires Ă©taient quelquefois flagrants, quelquefois suggestifs et mĂŞme embarrassants.

Je sais maintenant que ma 1ère conception de la relation homme – femme Ă©tait influencĂ©e par l’Ă©tranger. Quand je regarde en arrière, je crois que par la MisĂ©ricorde d’Allah que l’Ă©tranger ne nous a pas plus influencĂ©. Il s’opposait aux valeurs de mes parents. Il Ă©tait rarement grondĂ© et on lui a jamais demandĂ© de partir. Plus de 30 ans après l’Ă©tranger se dĂ©plaçait avec la jeune famille…

Il n’intĂ©ressait plus autant mon père comme au dĂ©but. Mais si j’entrait dans la chambre de mes parents aujourd’hui, vous le verriez toujours assis dans un coin, attendant que quelqu’un l’Ă©coute parler et regarder ses images.

Son nom vous me demanderez ? Nous l’appelions le tĂ©lĂ©viseur.